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02.03.2010

Ce Javert qui sommeille en nous...

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Je connais M. Ali Soumaré. Tous deux habitants du Val d'Oise, nous nous sommes rencontrés il y a quelques années. Le feu médiatique s'éteint peu à peu, pourtant, je souhaite revenir sur cette tourmente au coeur de laquelle il s'est retrouvé.

Il ne s'agit pas de prendre partie mais force est de constater que si l'abstention sort grand vainqueur le 21 mars prochain, ceux qui ont cru bon de fouiller dans les poubelles pour décrédibiliser un adversaire politique, y auront à nouveau contribué. Cette aventure misérable, digne des Pieds Nickelés, et qui inspire au fond une certaine commisération pour leurs auteurs, en dit par ailleurs long sur le crédit qu'on peut leur apporter.

Je suis somme toute par ailleurs très déçu que Mme Pécresse ait pu tolérer si ce n'est autoriser ses colistiers à colporter de telles accusations. Conduire une liste, en principe, responsabilise. Certes la candidate de la Majorité Présidentielle a "condamné" l'initiative de M. Delattre (Maire UMP de Franconville auquel nous devions déjà la fameuse sortie sur Ali Soumaré et son "air de joueur de réserve du PSG") et regretté "cette démarche qui ne correspond ni à sa conception de la politique ni à ses valeurs"... Mais sans être à l’origine de ces dénonciations, Mme Pécresse avait été informée par Axel Poniatowski, tête de liste (UMP) dans le Val-d’Oise de son intention de publier un communiqué de presse après les "révélations édifiantes", selon lui, de M. Delattre. "Elle m’a donné son accord" confiait M. Poniatowski.

Nous avions donc dépassé le stade du "Qui ne dit mot consent" pour prendre le chemin du téléguidage voire du pilotage... La diffamation ou la rumeur étant des armes politiques indignes et inadmissibles, il eût donc été responsable que Mme Valérie Pécresse présente a minima des excuses publiques.

Là, rien de tout cela. Nous avons même eu droit à cette formule de M. Poniatowski (recueillie par un journaliste quotidien Le Monde - édition du 24 février 2010) : "Il est certain que son passé judiciaire n'est pas aussi lourd que ce que l'on pouvait penser. Il n'en reste pas moins que M. Soumaré est un personnage obscur". Une formulation pour le moins maladroite et le coup de pied de l'âne s'il en est ! J'invite du reste M. Poniatovski a jeter un oeil à ce merveilleux site qui devrait l'éclairer sur le côté obscur de la force...

Mais prenons un peu de hauteur...

Je ne reviendrai pas sur la nécessité d'un combat politique fondé sur les propositions plus que sur les profils ou pedigrees. Beaucoup de choses ont été dîtes sur le sujet et je regrette que cette campagne ne laisse pas plus la place au débat d'idées. Les enjeux sont pourtant là ! Patron d'une PME qui cherche à creuser son sillon dans l'univers des géants du sport, je sais que la région a un rôle important à jouer en matière de développement économique. Il est donc très dommageable qu'aucun débat n'ait pu mettre en évidence le bilan de l'un en la matière, les propositions de l'autre, et que cet ensemble n'ait pu être passé plus efficacement au crible de l'analyse citoyenne.

Il est vrai que les débats sont rares, font l'objet d'âpres négociations et se résument souvent à des échanges creux avec un public échantillon représentatif de la population française. Des confrontations indirectes dont il ne sort que peu de choses face à des journalistes réduits au rôle d'animateur tandis que les (web/télé-)spectateurs, soumis au buzz du jour, sont livrés à eux-même pour savoir qui dit vrai...

Je ne reviendrai pas non plus sur le "cas" Soumaré. A ma connaissance, ce jeune homme a payé sa dette à la société ou doit bénéficier comme n'importe qui de la présomption d'innocence. Et quand bien même aurait-il commis quelques erreurs de jeunesse - je suis peut-être bien placé pour le savoir - nous avons tous droit à une seconde chance ...Et il semble que cette attaque dont il a fait l'objet en a été une puisque M. Soumaré a fait un bon de 69 places au TOP 100 des politiques sur Facebook ! Une progression record qui pourrait laisser croire que nos concitoyens souhaitent avant tout des élus qui leur ressemblent ?! A bon entendeur...

Je reviendrai en revanche sur ce travers Français, maintes fois dénoncé, qui veut que dans notre beau pays de Cocagne et de cocardes, on enferme les gens dans des cases. Ainsi, réussir un diplôme de grande école reste dans notre pays la meilleure assurance d'un parcours sans faille, quel que soit son bilan ou ses erreurs... L'esprit de corps et ses anti-corps sont là pour vous protéger. Ad vitam. A contrario, un faux-pas, une (ne serait-ce qu'une) erreur de jeunesse, un échec dans ses études et c'est la fin du parcours... Alors nous cherchons comment relancer l'ascenseur social ? Et si l'on commençait par cesser d'avoir cette vision déterministe et fataliste du parcours de chacun ?

Aux USA, un pays où l'ascenseur social fonctionne à plein régime, j'ai toujours été frappé par le grand respect de toutes et tous pour les plus humbles... Et pour cause : tout le monde sait que dans 3 ans cette jeune caissière peut devenir directrice du magasin, 3 ans plus tard superviseur de plusieurs grandes surfaces et 10 ans plus tard directrice du marketing opérationnel... Caricature ? Je ne crois pas. Ces parcours ne sont pas rares. Et l'échec aussi est valorisé - si l'on sait en tirer les leçons. Ainsi, les parcours rectilignes peuvent être perçues comme "imparfaits" dans la mesure où ils vous préparent moins aux aléas de la vie en général. De ce fait, on respecte les gens qui travaillent, qui sont "durs à la peine" et leurs enfants peuvent être fiers de ce que leurs parents accomplissent... Ils vont avancer, progresser, s'en sortir.

En France, les incantations sur l'égalité des chances semblent hélas un horizon indépassable et finissent par desservir celles et ceux qu'elles devraient protéger. Nous en restons là, dans une société dramatiquement figée, ascenseur social en panne faute d'ouverture d'esprit et de méritocratie assumée. Le résultat : M. Soumaré, un "personnage obscur". Délinquant un jour, délinquant toujours ? Non.

Vous me direz ce n'est pas nouveau. Victor Hugo nous enseignait déjà dans Les Misérables qu'un ancien forçat avait beau changer et démontrer qu'il pouvait oeuvrer pour le bien de tous (...et même devenir Maire de Montreuil-sur-Mer !), il y aurait toujours un Javert de service pour le poursuivre et lui rappeler sa faute, sa dette, son passé. Ce Javert qui sommeille en nombre d'entre nous est toujours là, vil, tenace, petit, étroit, actif, pour nous mettre la tête sous l'eau sans raison, juste parce que lui n'a jamais fauté. Pour faire avancer notre pays, nous devrons libérer nos conscience de ce joug. Gageons que Messieurs Delattre ou Poniatowski y parviendront eux aussi.

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