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21.12.2009
Identité nationale : poursuivons le débat (dans les urnes)
Je l'ai déjà exprimé : à malin, malin et demi, le débat sur l'identité nationale est une opportunité unique de faire bouger les lignes et faire évoluer les mentalités sur un sujet important. En cela, je rejoins le Président de la République (cf. sa tribune publiée dans Le Monde - 08/12/2009) : "Rien ne serait pire que le déni. Rien ne serait pire que de ne pas regarder en face la réalité des sentiments, des préoccupations, des aspirations de tant d'Européens." Au fond de moi, Français de toujours, j'ai la conviction que de cet exercice, abcès crevé en place publique, ne peut ressortir que du bien.
Certes, en France, on a peur d'aborder publiquement les questions qui fâchent ou plus précisément dont le microcosme pense qu'elles ne doivent pas faire débat "parce que cela peut déborder", que "le peuple n'est pas mûr" ou que "c'est une question indigne". Ce qui est typiquement le cas avec cette question de l'identité nationale. Trop longtemps pollué (racisme, xenophobie, populisme mais également anti-racisme, bonne conscience d'aujourd'hui ou mauvaise conscience d'un passé qu'on ne doit pas oublier...), ce débat a été souvent reporté. Consulter les Français sur leur identité, vous n'y pensez pas ?! Et ce jour, le quotidien Libération publie ainsi un appel pour que le débat cesse co-signé par Daniel Cohn-Bendit, Martine Aubry, Isabelle Adjani, Josyane Balasko, Marek Halter, Cécile Duflot, Benoit Thieulin... La marmite bout, vite, remettons le couvercle.
Mais alors comment ferons-nous avancer les choses puisque 30 ans d'absence de débat n'ont que très faiblement fait évoluer les choses ? Pour des raisons qui lui appartiennent, ce débat a été ouvert par le Président de la République. Maladroitement. Ou adroitement. A contre-temps. Toujours est-il que je regrette qu'il ait été confié à Monsieur Besson et à son ministère de l'Immigration. D'entrée de jeu, on ne peut pas dire que ce choix ait été particulièrement heureux pour une question qui relevait évidemment du Ministère de la Culture... Un parti pris qui en dit long sur les intentions initiales du gouvernement. Mais voilà donc enfin ce débat.
Il donne lieu à un examen de conscience collectif comme individuel. Car derrière la question "qu'est-ce qu'être Français ?", il y a naturellement celle de l'identité collective de la Nation, une projection de ce que nous sommes plus qu'une réalité... Un examen de conscience qui ne va sans heurts, les procès d'intention étant légion au moindre écart de langage. Il en va ainsi des déclarations de Nadine Morano exigeant des jeunes musulmans qu'ils cessent de de porter leur casquette à l'envers et de parler verlan.
Plutôt que de la citer, écoutons-la.
Je suis assez frappé par le décalage entre ce que j'entends dire de ces propos, la vivacité des commentaires que je peux lire ici ou là, et cette voix. Pas de rires dans la salle. Pas de ton grossier. Pas de sentiment de haine. Et puis Madame Morano qui s'exprime dans les médias et clame sa bonne foi, dénonçant une forme de malhonnêteté intellectuelle, des propos sortis de leur contexte...
Admettons. Il n'en reste pas moins un raccourci, un gros cliché, celui du "jeune musulman = verlan + casquette à l'envers" - qui peut correspondre à une réalité mais n'est pas LA réalité - dont je vous laisse estimer l'à-propos et qui révèle à nouveau le décalage entre ce que nous sommes et la projection de ce que nous sommes. A minima pour Madame Morano. A minima pour cette salle devant laquelle elle s'exprimait. Une salle représentative d'un fragment significatif de la population française ?
D'où la nécessité du débat. Parce que pour la 1ère fois, on va pouvoir prendre en compte ce décalage, le mettre en évidence, le détecter, essayer de le corriger collectivement dans un travail de pédagogie. Et ce n'est pas en poussant des cris d'orfraies que nous y arriverons. Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis *... Encore faut-il pouvoir prendre la mesure de cette différence de façon positive, dans le dialogue, et pas simplement dans l'acceptation silencieuse - ou la dénonciation.
Accueillons donc bien volontiers ce débat. Eric Besson nous dit qu'il se poursuivra jusqu'à la fin 2010... Nous pourrons en tirer les leçons bien avant : les 16 et 21 mars prochains, lors des élections régionales... Oui, après le dialogue, le bulletin de vote. Encore faut-il être inscrit sur les listes électorales. Vous avez jusqu'au 31 décembre de cette année et, les choses sont bien faîtes, le formulaire d'inscription est disponible en ligne... Et s'il est un appel à lancer, comme à l'automne 2005 avec le collectif Devoir de Mémoire, c'est bien celui-ci : en France, la seule réalité qui compte est celle des urnes, alors inscrivez-vous vite et exprimez-vous...
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* Antoine de Saint-Exupery, Vol de nuit.
10:12 Publié dans Regard sur l'actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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