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23.11.2009

Identité nationale : débattre, un devoir pour chaque Français

L'annonce de l'ouverture d'un débat sur l'identité nationale par Eric Besson a pour le moins ...fait débat. En quelques jours, elle a réussi à reléguer à des années lumières tous les embrasements médiatiques des semaines passées. Ainsi, il n'est pas un leader politique qui n'ait été interpellé sur le sujet ou sur la nécessité de l’aborder... Des politiques, sur un sujet politique, pour une question "100% politicienne" ?

A la veille des élections régionales, certaines voix se sont élevées pour dénoncer un débat destiné à occulter les "vraies problèmes des Français" (la crise, le chômage, la baisse du pouvoir d'achat...). Elles appellent les Français à ne pas tomber dans "le piège de Besson" selon l’expression de M. Moscovici.

D'autres, comme celle de Bernard Kouchner ou Martin Hirsh, ont estimé qu'ils voyaient là un débat « théorique », intellectuel, qui ne concernerait pas vraiment les Français. Et M. Hirsch d'ajouter que "la France n'a pas de problème d'identité" et qu'il ne se sent "pas directement concerné par ce débat parce que les gens avec lesquels (il) travaille n'ont pas véritablement de problème d'identité nationale".

Peut-on être plus loin de la vérité.

Oui, l'identité française pose des questions. Et sur les forums, blogs et lieux de libre expression, les Français ont commencé à débattre. Car cette question est centrale. Elle est au cœur du débat politique depuis une trentaine d'année. Elle a pour partie amené Jean-Marie Le Pen au 2e tour de l'élection présidentielle un 21 avril 2002. Et les questions posées alors n'appartiennent pas au passé, de même qu'elles pèsent toujours sur notre avenir.

Cette question de l’identité française, les Français y sont confrontés tous les jours, dans la "vraie vie", loin des ministères et des ors de la République. Discrimination positive dans les grandes écoles, port du voile et Islam de France, CV anonyme, diversité de la représentation politique nationale, Marseillaise sifflée sur les stades, inégalités pour les jeunes issus des minorités visibles ou des seniors face à l'emploi, immigration choisie ou subie, mal-être et émeutes dans les banlieues, égalitarisme, place du travail, de la terre, de la patrie, modèles de réussite (Kamel ou Mohamed peuvent-ils l’incarner ?)... La liste est longue de ces questions qui très régulièrement font la Une des médias quand elles ne fabriquent pas des majorités électorales factices en surfant sur les remugles d'un passé mal digéré.

Et jusqu'à ce jour, personne n'avait osé crever l'abcès. Attention, débat pollué, nauséabond, manipulé. Devrons-nous donc attendre un nouveau 21 avril pour que cette question de l'identité nationale - déterminante pour le quotidien de toute une génération de Français notamment pour le bon fonctionnement de l'ascenseur social, le moteur même de l'intégration - bénéficie enfin d'une réflexion décomplexée, sérieuse, susceptible de se diffuser à toutes les couches de la population française, à même de faire avancer les mentalités, de permettre une prise de conscience partagée de cette belle "diversidentité" nationale qui est la nôtre, son formidable potentiel face aux défis de la mondialisation ? Quand saisirons-nous cette chance d'une communauté assumée de destins ?

Car la France a changé mais l'image que les Français ont de la France a-t-elle suivi ? Pas étonnant de voir des politiques réagir à cette question : il suffit de regarder la belle photographie de notre représentation nationale pour comprendre que les formations politiques françaises partagent toutes une vision conservatrices de notre identité.

Alors non, ce débat n'est pas théorique et certainement pas un débat politicien. Nous devons du reste tout mettre en œuvre pour que ce débat échappe au Ministère de l'immigration, de l'intégration - un choix malheureux, le Ministère de la Culture eût été plus approprié car il est crucial que ce débat ne soit pas abordé sous le seul angle de l’immigration - car nous touchons au cœur du politique et de la citoyenneté. Il faut donc que la société française, toutes la société française s'en empare.

C'est pourquoi je vous invite, et tout particulièrement "nous" entrepreneurs issus des quartiers, à assumer pleinement nos responsabilités civiques et citoyennes. Je vous lance un appel, à toutes et tous : saisissez-vous de ce débat ! Faîtes-le vivre au cours de cette centaine de réunions programmées en préfectures et sous-préfectures. Il y a là une opportunité unique de faire bouger les lignes et consciences…

Ce débat est urgent. Qu’il s’agisse d’emploi des séniors comme de l’esprit d’entreprendre, nos blocages sont aussi identitaires qu’économiques et dans une certaine mesure, répondre à la question de l’identité nationale pourrait sans doute faire autant pour la croissance qu’un plan de relance.

Et si demain la France se réconciliait avec elle-même, formulait un contrat social renouvelé autour des valeurs républicaines et de la laïcité, de notre héritage chrétien, de ce modèle d'intégration français unique et universel qui nous fait vivre ensemble plutôt que côte à côte, alors nos compatriotes pourraient regarder l’avenir de façon plus sereine…

Valéry Giscard d'Estaing aurait perdu les élections de mai 81 en donnant aux jeunes de 18 ans la possibilité de voter. Et si ce débat sur l'identité nationale amenait des centaines de milliers de nos compatriotes à s'approprier la chose publique, leur destin, à se construire une identité forte... Oui, nous pourrions remercier Monsieur Besson d'avoir franchi le Rubicon. Sincère, calculateur ou schizophrène, il nous donne une formidable opportunité de briser de nombreux tabous et de construire un nouveau mythe français, une identité nationale féconde et riche de promesses. Dès lors, à malin, malin et demi, il est du devoir de chacun de nos concitoyens de s'interroger : qu'est-ce qu'être Français ?

Commentaires

Salut Mohamed,

Je suis tout à fait d'accord avec toi. L'identité française n'a cessé de changer à travers son Histoire si bien que être Français est avant tout être métisse. Jeune Français né en France, élevé en France et issu de l'immigration, je partage ton avis qui veut qu'à l'étranger nous nous sentons (ou on nous voit) plus Français que dans l'hexagone. Durant toute ma scolarité, j'ai bataillé pour arriver là où je suis maintenant (même si la route est encore longue) et croit comme toi dur comme fer en la méritocratie.

Je suis actuellement à la fin de mes études, en 5ème année de l'ISEG et me prépare à l'obtention d'un MBA d'ici l'été 2010. Ayant plusieurs fois parcouru ton blog et compris ta démarche, j'aimerais participer au renouveau de ta marque. Cependant, je n'ai ni Facebook ni Twitter.

J'espère pouvoir avoir un retour de ta part.

Bonne continuation

Ali Kalidanse
alifoo5@hotmail.com

Écrit par : Ali | 03.12.2009

Bonjour,
C'est avec beaucoup d'attention que j'ai lu votre article sur l'identité nationale et je partage votre opinio sur bien des points.
nul doute qu'il y a des problemes d'identité en france. selon moi il est impossible d'obliger une personne a dire "je suis francais et fier de l'etre", soit cette personne le fait d'elle meme, soit elle ne le fait pas. je ne comprends pas pourquoi ce débat a pris cette ampleur. je trouve qu'en soit cela aurait pu etre constructif mais à ce jour ce débat est stéril et comme pour beaucoup d'effets médiatiques orchestrés de main de maitre par bon nombre de politiciens, la montagne va accoucher d'une souris...

vous qui connaissez et la france et les Etats Unis, vous avez du constater que la france est en retard en terme de reconnaissance. il est trés difficile pour bon nombre d'etre à la place que l'on meriterait.
la discrimination est réelle mais elle ne doit pas etre gage d'abandon de la part des jeunes et des moins jeunes. ce n'est pas parce que c'est dur qu'il faut renoncer.
votre réussite est un exemple.
Dans la vie, on a rien sans rien, la motivation, l'abnégation et l'ambition doivent permettre a tout le monde de réussir. donnons nous les moyens de réussir et je suis persuadé que meme si les portes ne nous sont pas grandes ouvertes, nous y parviendrons, quit à passer par la plus petite des fenetres.....

Écrit par : Ndiaye Moussa | 03.12.2009

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